emploipro.fr le site d’offres d’emploi professionnelles des magazines

L'argus de l'assurance L'usine nouvelle Lsa Neo restauration Le Moniteur

La diversité, c'est pour bientôt ?

 | par arnaud dumas

  • partager avec Facebook
  • partagez avec twitter
  • partager avec google +
  • partager par email
  • imprimer
Trop élitistes, les écoles d'ingénieurs essaient timidement de s'ouvrir aux classes défavorisées. Les mesures pour améliorer l'égalité des chances, dévoilées par Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité, doivent amplifier les initiatives existantes des écoles.

L'ascenseur social est en panne. C'est en partant de ce constat que Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, a rédigé son plan d'action pour favoriser la mixité sociale. « Pourquoi faut-il ouvrir l'accès des grandes écoles ? demande-t-il. Parce que la formation de nos jeunes ne correspond pas aux besoins des entreprises. Nous formons 28 000 ingénieurs par an, c'est un chiffre qu'il faudra doubler ! » Au programme, des mesures pour augmenter le nombre de jeunes issus de milieux défavorisés dans l'enseignement supérieur. Le gouvernement s'est déjà fixé pour objectif d'atteindre 30 % d'élèves boursiers dans les classes préparatoires à la rentrée 2010, contre 23 % en 2008. Le commissaire à la diversité propose aussi de renforcer l'alternance dans les écoles et d'améliorer les dispositifs d'orientation scolaire.

Ces mesures font écho à une situation dramatique. Aujourd'hui, pas la peine d'espérer intégrer une école d'ingénieurs ou de commerce si l'on n'est pas né au bon endroit. Fils et filles de cadres y sont surreprésentés. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, un tiers des jeunes poursuivant leurs études après le bac sont issus des catégories socioprofessionnelles les plus élevées. Dans les classes préparatoires, la voie royale pour les écoles prestigieuses, le déséquilibre est encore plus frappant : la moitié des élèves ont l'un des parents cadre supérieur, ne laissant que la portion congrue aux fils d'ouvriers (5,1 %). « Il existe une véritable fracture sociale dans l'enseignement supérieur, affirme ainsi Bernard Colas, le responsable de la mission ouverture sociale à AgroParisTech. Si on ne fait pas quelque chose pour redonner un horizon à ces jeunes, la situation va exploser. » Et aujourd'hui, la tension monte. Les manifestations d'étudiants et de lycéens se multiplient et poussent le gouvernement à réagir. Le spectre des émeutes de 2005 dans les banlieues n'est pas loin.

ÉVITER LA SCLÉROSE DU SYSTÈME

Les écoles d'ingénieurs ne sont pas sourdes à cette grogne et tentent de plus en plus de se rapprocher des jeunes des classes modestes. D'abord par pragmatisme. « Nous manquons d'ingénieurs et de cadres supérieurs, lance Christian Margaria, le président de la Conférence des grandes écoles. Rien que pour cette raison, nous devons traiter le problème de la diversité pour trouver de nouveaux viviers. » Mais aussi pour éviter la sclérose du système. « Les entreprises sont satisfaites de nos diplômés mais ça ne suffit plus, note Gabriel de Nomazy, le vice-président de ParisTech, l'association qui regroupe HEC et dix des plus prestigieuses écoles d'ingénieurs. Récemment, deux patrons du CAC 40, tous deux X-mines, ont choisi comme successeur des personnes issues d'écoles de commerce. » Une sérieuse entorse au légendaire système de cooptation en vigueur parmi les limiers des grands corps d'Etat.

DES FREINS FINANCIERS ET CULTURELS À LEVER

Avant l'impulsion donnée par Yazid Sabeg, des initiatives ponctuelles ont déjà émergé dans les écoles, afin de lever les obstacles. Au premier rang desquels, le frein financier. « C'est la première question que l'on nous pose : combien coûte une école d'ingénieurs, confie Joël Daste, le chef du service des études et de la scolarité de l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (Isae), ex-Supaéro et Ensica. Or, nous ne coûtons pas plus cher que l'université et nous avons même une amicale d'anciens élèves qui peut faire des prêts d'honneur. »

Toutes les écoles, même privées, s'accordent pour le dire : une fois le concours passé, elles peuvent trouver des solutions pour soutenir financièrement l'étudiant. L'Ensta ParisTech, une école d'ingénieurs sous tutelle du ministère de la Défense, propose des jobs pour les étudiants rencontrant les plus grandes difficultés financières. « Nous avons créé des emplois pour surveiller la bibliothèque, ce qui nous permet d'élargir les horaires d'ouverture », explique Yves Demay, le directeur de l'école. Un moyen surtout, pour l'étudiant, de s'assurer un complément de revenu sans handicaper sa scolarité.

Encore faut-il que le message parvienne jusque dans les lycées des zones sensibles. « On constate un grand écart dans la maturité des élèves au sujet de leur orientation : ceux des lycées de Neuilly sont conscients des possibilités, pas ceux de Gennevilliers », affirme ainsi Amin Khiari, le directeur général du pôle universitaire Léonard-de-Vinci, à la Défense (Hauts-de-Seine). C'est cette barrière culturelle que quelques écoles s'attachent à lever, en agissant directement auprès des jeunes.

Dès 2005, l'Isae a mis en place un projet afin de renforcer l'égalité des chances pour l'accès aux carrières scientifiques. Baptisé « Ose l'Isae », il s'adresse aussi bien aux enfants des écoles primaires, par le biais d'un éveil scientifique, qu'aux collégiens, pour lesquels l'école organise des ateliers techniques, et aux lycéens, par des actions de tutorat. « Une cinquantaine de personnes de l'école et une centaine d'étudiants sont impliqués dans ce projet », confie Joël Daste, le responsable de l'initiative. Ainsi, tous les jeudis après-midi, quelques élèves ingénieurs se rendent dans des lycées situés en zone urbaine sensible pour donner des cours de soutien à des élèves sélectionnés sur des critères sociaux et de projet professionnel. Cet accompagnement ne se borne toutefois pas à du soutien scolaire. Les étudiants de l'Isae les encadrent aussi lors de sorties culturelles, notamment au Salon de l'aéronautique et de l'espace du Bourget.

EN FINIR AVEC LES PRÉJUGÉS

Un dispositif très proche de « Une grande école, pourquoi pas moi ! », créé à l'initiative de l'Essec en 2002, rejointe depuis par une cinquantaine d'écoles de commerce et d'ingénieurs. « Il s'agit de donner aux jeunes accès à des éléments à caractère socioculturel auxquels ils n'accèdent pas dans leur milieu d'origine », explique Pierre Tapie, le directeur de l'Essec. AgroParisTech va plus loin en leur apportant une dimension relationnelle. L'établissement met en rela- tion une centaine de lycéens issus de quartiers difficiles avec des parrains, des cadres d'entreprise en activité ou de jeunes retraités. Un moyen de donner à ces jeunes les codes de l'entreprise. Et de leur permettre de commencer à tisser un premier réseau professionnel.

Car l'ascenseur social ne s'arrête pas aux portes de l'école. Les entreprises doivent aussi y participer. Si beaucoup affichent leur volonté d'ouverture, la réalité n'est pas toujours aussi rose. « Les entreprises ont leurs habitudes de recrutement, elles ne veulent pas prendre trop de risques en embauchant dans un mauvais quartier », déplore Yazid Chir, le président de l'association Nos quartiers ont des talents, dont le but est d'aider les jeunes diplômés des banlieues difficiles à trouver un emploi à la hauteur de leur diplôme. Les préjugés sont toujours tenaces.

Partagez cet article

NEWSLETTER

Cet article vous a plu ?
Abonnez-vous à la newsletter !

GRATUITL'aéronautique recrute mais manque de candidats

Déposez votre cv et devenez visible des recruteurs

Je dépose mon cv
Suivez-nous sur Facebook !

8723 offres d’emploi en ligne

Fermer X