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Travailler dans l'industrie

La pénibilité du travail ouvrier s'accroît

 | par Par emmanuelle souffi

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Quels sont les vrais métiers pénibles ? Cheminots, électriciens, gaziers ont défendu haut et fort le droit à partir plus tôt en retraite au nom de leurs conditions de travail. Dans l'industrie, ceux qui sont à la production cumulent les contraintes sans avoir de contreparties.

Les grèves sur les régimes spéciaux l'ont révélée : la pénibilité au travail est devenue l'argument choc des salariés pour obtenir le droit de partir plus tôt en retraite. Dans le public, c'est encore possible. Mais dans le privé, entre la taxation des préretraites maison, la fin de dispositifs de cessation anticipée d'activités largement utilisés par l'industrie (Cats, Casa), les portes se sont refermées. Injuste aux yeux de ceux qui ont passé une partie de leur vie sur une chaîne, à faire les 3 x 8. Leur espoir ? Voir aboutir les négociations interprofessionnelles sur la création d'un guichet de départs pour les métiers pénibles. Mais, après presque trois ans de discussions stériles et une énième réunion le 11 décembre, la question du financement est toujours en suspens. Or, dans les usines, la population ouvrière, la plus exposée, vieillit. Il n'est plus rare de voir des tempes grises sur une ligne de montage. Par le passé, elles pouvaient être reclassées sur des postes doux (nettoyage...). Aujourd'hui, ils sont souvent externalisés.

Bien sûr, « un ouvrier de 50 ans a occupé des emplois beaucoup plus pénibles il y a vingt ans », rappelle Serge Volkoff, chercheur au Centre d'études de l'emploi. Les aides à la manutention, les chaînes à hauteur variable... ont considérablement adouci les conditions de travail. Mais l'automatisation n'a pas tout résolu. A la fois physiques et psychologiques, les contraintes se cumulent. Et rendent parfois le travail plus éreintant. « La moitié du différentiel d'espérance de vie entre les cadres et les non-cadres s'expliquent par le travail, rappelle Dominique Huez, médecin du travail chez EdF. Il y a des gens qui ont leur retraite complètement gâchée ! » La plupart considèrent cette pénibilité comme inhérente à leur métier. Un métier auquel ils tiennent mais qu'ils aspirent à quitter avant 60 ans.

Pression sur les délais et la qualité

Le travail à la chaîne n'a pas disparu. En 1984, il concernait 4 % des ouvriers, selon le ministère de l'Emploi. En 2005, 11 %. L'automatisation a gagné du terrain. Dans l'industrie agroalimentaire, l'automobile ou le textile, un ouvrier non qualifié sur deux est tributaire de la cadence d'une machine ou du déplacement d'une pièce. « C'est usant, raconte Christelle Blondé, qui a passé neuf ans au montage chez PSA à Mulhouse. Vous prenez votre poste à 13 h 15 et le quittez quand la chaîne s'arrête. » Un travail contraint et pressuré. « Les métiers se sont transformés et concentrés. Les temps de repos qui permettaient de récupérer ont disparu. Désormais, c'est la machine qui donne le ton », résume Rachid Belkebir, le délégué syndical central CFDT chez KME France (ex-Tréfimetaux), dans les Ardennes. Ici, dans les années 80, 1 100 salariés produisaient 20 000 à 25 000 tonnes de cuivre par an. Aujourd'hui, ils sont 380 pour sortir près de 60 000 tonnes. Avec l'impératif du zéro défaut, les ouvriers ont été placés au coeur du système qualité des entreprises. Il faut contrôler l'état des pièces, respecter les normes de production, d'hygiène et de sécurité... Plus responsabilisant. Mais aussi plus stressant. « Les gens sont à l'affût de la moindre erreur, du chronomètre qui tourne », observe Frédéric Delfolie, délégué syndical CFDT chez Candia. Le reporting peut être permanent. Thierry Pouliquen est chargé d'affaires en maintenance-mécanique à la centrale EdF de Chinon (Indre-et-Loir). « Il y a quantités de règles à respecter. On écrit avant, pendant et après une intervention. Sans avoir les moyens d'agir », regrette-t-il. Rendre compte sans latitude décisionnelle... Une exigence contradictoire souvent mal vécue.

3 x 8, 2 x 8, 5 x 8 : des rythmes difficiles

Depuis les 35 heures, les ouvriers ont appris à jongler avec les horaires. Le travail de nuit se développe. 15 % des salariés le pratiquaient en 2005, contre 6 % en 1991, selon le ministère de l'Emploi. Et les astreintes se banalisent. « Par le passé, elles étaient liées à l'urgence. Aujourd'hui, c'est parce qu'on a planifié une activité », déplore Guy Cléraux, le secrétaire général de la CGT à la centrale de Chinon. Jouer les oiseaux nocturnes est parfois attirant. « Des mamans choisissent de travailler la nuit pour voir leurs enfants, parce que c'est mieux payé et que l'ambiance de travail est différente », souligne Laurence Navarro, la responsable de la section CFTC chez PSA à Mulhouse. 20h30-3h45 au travail : pour tenir le rythme, Christelle Blondé a appris à maîtriser son rythme de sommeil. Le pire pour elle ? Etre de journée et embaucher à 5h15. Chez Candia, les ouvriers alternent 5 h-13 h, 13 h-21 h et 21 h-5 h sur trois jours. Pas évident de récupérer. A long terme, surtout chez les plus âgés, les horaires atypiques ont des effets sur la santé. Risques cardio-vasculaires ou coronariens, ils peuvent être invalidants.

Benzène, chlorure de vinyle, amiante...

Une véritable bombe à retardement. 4,8 millions de tonnes de produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) ont été utilisés en 2005. Quotidiennement, 1,4 à 2,6 millions de salariés utilisent des cancérogènes. Bien sûr, les protections existent et les manipulations sont fortement encadrées. Mais « beaucoup d'équipements sont inappropriés, estime le docteur Huez. Sans compter les conduites aggravantes. » Les entreprises n'ont pas le même degré de conscience - et de connaissance - du risque chimique. « Chez les producteurs, il est bien appréhendé. Mais pas forcément chez les utilisateurs, observe Serge Volkoff. Or, il y a des produits qui deviennent dangereux si on les chauffe ou si on les assemble. »

Tous les ans, 7 000 à 20 000 cancers seraient liés à des expositions professionnelles. Selon l'Institut national de veille sanitaire, les ouvriers de l'industrie du verre ont un risque supérieur à 26 % de décéder d'un cancer par rapport aux autres salariés (+ 27 % pour la production de matériaux ferreux). Le gouvernement a déclaré la guerre aux CMR et le règlement européen Reach entend faire la lumière sur leur dangerosité. Le drame de l'amiante, avec ses 2 000 à 4 000 décès par an, l'a démontré. Compte tenu du temps de latence, les maladies de demain seront la conséquence des expositions actuelles.

Toujours les mêmes gestes

En aménageant les postes de travail et en formant le personnel, les entreprises ont contribué à limiter les postures les plus pénibles.

Aux Fromageries de Thiérache, dans l'Aisne, on se souvient encore de ces bidons de lait de 40 kg qu'il fallait porter à bout de bras. Aujourd'hui, le liquide est pompé directement des camions citerne. A l'affinage, deux machines d'« aide à la retourne » ont été installées. Coût : 20 000 euros pièce. Chaleur, humidité, opérations manuelles... Les quelque 200 salariés cumulent les facteurs de risques. Plusieurs troubles musculosque- lettiques ont été reconnus. Chez KME France aussi, les gestes répé-titifs exécutés sous la pression du chronomètre génèrent hernies discales, lombalgies, syndromes du canal carpien. « Quand une personne se penche 200 fois pour prendre un tube dans un panier, ça n'est pas sans effet sur la santé », dit Rachid Belkebir, mécanicien- ajusteur. Une réflexion est en cours à l'atelier de manutention et à la finition.

Le bruit intense et le port de charges lourdes ne faiblissent pas non plus. Plus d'un ouvrier sur deux doit faire avec. Des nuisances qui ne peuvent pas être oubliées. .

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