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Les écoles à l'assaut des pays émergents

 | par Par thibaut de jaegher

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Chine, Inde, Amérique du Sud... Les écoles d'ingénieurs investissent ces nouveaux eldorados pour former, sur place, des diplômés à la mode française. Désireuses de conquérir des parts sur le marché mondial de l'éducation, elles comptent ainsi accroître leur taille. Quitte à prendre de sérieux risques financiers et juridiques.

Discours fleuve et enthousiasme de rigueur. En ce matin de septembre, dans une chaleur encore étouffante, les 232 élèves de la toute jeune Ecole centrale de Pékin font leur rentrée au milieu de 3200 autres étudiants de l'université d'aéronautique de Beihang. Perdus au milieu d'un campus de plus de 100 hectares, les jeunes Chinois se pressent, tout sourire, à la cérémonie organisée par le sixième établissement de l'intergroupe des Ecoles centrale (après Paris, Lyon, Lille, Nantes, Marseille). Un an après son ouverture, l'une des premières écoles d'ingénieurs tricolores à s'implanter à l'étranger jouit déjà d'une forte aura : en 2005, sur les 100 meilleurs étudiants admis à Beihang, 70 ont choisi d'intégrer ce cursus qui doit leur permettre de décrocher, en six ans, un diplôme d'ingénieur « à la française ». « Dans un pays où la concurrence est rude (350 000 ingénieurs diplômés par an), notre formation représente un bon moyen de se démarquer », observe le directeur adjoint, Marc Zolver.

Parmi les pionnières, Centrale a déjà fait des émules. A 1 400 kilomètres de Pékin, les universités de technologie de Compiègne, Belfort-Montbéliard et Troyes se sont regroupées pour ouvrir, l'an dernier, une succursale à Shanghai. Et les projets foisonnent ! Le groupe des écoles aéronautiques (Enac, Supaero, Ensica et Ensma) et ParisTech, qui rassemble onze des plus grandes écoles de la capitale, ont affiché leurs ambitions : les deux associations veulent développer, d'ici à la rentrée 2007 ou 2008, leur propre collège d'ingénieurs, respectivement à Tianjin (où sera implantée l'usine d'assemblage Airbus) et Shanghai.

Partie plus tard que nombre d'établissements britanniques, allemands ou encore australiens, la « French connection » pousse même les feux dans des contrées plus reculées, comme le Chili ou l'Afrique centrale (voir la carte ci-dessus). Avec, chaque fois, les mêmes objectifs : répondre aux énormes besoins de formation de ces pays et gagner en taille pour ne plus figurer parmi les cancres des

palmarès internationaux, dont le célèbre classement de Shanghai. « Il y a des opportunités à saisir, insiste Claude Guillermet, directeur de l'Esigelec à Rouen. Les pays émergents, notamment la Chine, sont preneurs de notre savoir-faire. Dans cinq à dix ans, leur demande sera très différente. »

leur atout ? une réputation d'excellence

 

Sans complexe, les écoles s'exportent en imposant leur modèle : un cursus de six ans - cinq ans de cycle ingénieur plus une année de mise à niveau en langue -, réalisé à moitié en français et à moitié dans la langue locale. Elles misent avant tout sur ce qui fait leur réputation d'excellence : des relations très proches avec l'industrie, des formations pragmatiques et une politique systématique de stages en entreprise.

Mais elles tentent aussi de transformer leurs handicaps en points forts. Leur petite taille ? Un atout pour coller aux attentes du marché ! « Nous savons produire des diplômés en petite série en formant des ingénieurs quasiment sur mesure », argumente Jean-Michel Viot, le directeur général du réseau des instituts catholiques des arts et métiers (Icam Lille, Nantes et Toulouse), présent au Cameroun depuis cinq ans. La langue française ? Un moyen de se distinguer ! « Parler anglais ne suffit plus, la différence se fera désormais sur la deuxième, voire la troisième langue que maîtrisera le jeune ingénieur », insiste Jean-Claude Bureau, l'ancien directeur des relations internationales de l'Insa Lyon.

Jouant crânement leur chance malgré un très faible soutien de leurs différents ministères de tutelle, les Français ne doutent pas de la pertinence de leur stratégie. « Si nous ne prenons pas position, d'autres le feront à notre place, comme les Etats-Unis ou l'Allemagne », assure Patrick Chedmail, le directeur de Centrale Nantes.

Leur confiance est d'autant plus forte que les industriels soutiennent leur offensive, voire même la stimulent. « La Chine est un énorme vivier de recrutement, où il est difficile de dénicher les meilleurs talents. En envoyant nos écoles sur place, nous nous assurons que la sélection sera faite comme nous le souhaitons », affirme Bruno Jarry, un consultant en agroalimentaire, membre du conseil d'administration de l'Université de technologie de Compiègne (UTC). « Nous sommes toujours à la recherche de profils ayant une bonne connaissance des pays où nous travaillons comme le Pakistan ou le Chili », assure, de son côté, Sophie Normand, chargé de recrutement à la Direction des constructions navales (DCN).

un gain de notoriété

 

En s'installant loin de leurs bases, les écoles ont aussi des visées financières. « L'ingénierie de l'éducation est devenue un marché mondial et l'on aurait tort de s'en priver », rappelle Patrick Bourgin, directeur adjoint de Centrale Lyon. La manne est tentante : en Chine, une année d'un cursus d'ingénieur à la française rapporte environ 2 000 euros par an de droits d'inscription, contre 400 à 600 euros dans les écoles publiques de l'Hexagone... Au passage, les « comptoirs » étrangers présentent d'autres avantages. L'intergroupe des Ecoles centrale entend profiter de son implantation pékinoise pour structurer l'association des anciens dans cette région du globe. Raisonnement identique pour l'Esigelec, qui vient de délocaliser une partie de sa filière internationale de Rouen à l'université du Wuhan, dans l'ouest de la Chine. « Nous espérons développer notre réseau d'anciens et notre notoriété auprès des recruteurs », reconnaît Claude Guillermet.

Très tentante, l'aventure n'est pas sans risques. Une erreur d'aiguillage ou une mauvaise compréhension des attentes suffisent à condamner un projet dès le départ. L'école supérieure des travaux publics (ESTP) le sait bien, qui a perdu plusieurs millions d'euros après une expérience avortée dans l'empire du Milieu dans les années 90, l'Etat chinois n'ayant jamais versé les subsides promis. « Nous sommes partis trop tôt », regrette, lapidaire, Serge Eyrolles, directeur de l'ESTP, pourtant à l'origine d'une bonne vingtaine d'écoles dans les pays émergents, surtout en Afrique.

un financement souvent délicat

 

Pour ne pas boire le bouillon, certains établissements, partis la fleur au fusil, vont devoir négocier dans les prochains mois un virage financier délicat. « C'est la difficulté majeure de ce type d'opérations, reconnaît Elisabeth Crépon, directrice des relations extérieures de Polytechnique. Il faut réussir à leur assurer des ressources stables et pérennes. » Si Centrale Pékin a pu démarrer, dès 2005, grâce au soutien d'un million d'euros apporté par la fondation Nicole Bru, ex-propriétaire des laboratoires Upsa, la somme devra bien vite être complétée pour couvrir l'ensemble des besoins, estimés à 12 millions d'euros sur six ans...

Où trouver les fonds nécessaires ? « Auprès des industriels et des étudiants », répondent en choeur les responsables d'écoles qui oublient, un peu vite, deux obstacles de taille. Si les premiers applaudissent les offensives à l'étranger, ils se disent aussi plus prompts à financer les études des étrangers venant en France. Quant aux seconds, ils n'ont pas toujours les capacités d'assumer des frais de scolarité élevés. La solution viendra peut-être des gouvernements locaux. Reste à savoir si l'Etat chinois acceptera de subventionner longtemps des formations d'ingénieurs dispensées en partie en français... Pour l'instant, il n'accorde son soutien que sous forme matérielle et évite soigneusement de verser des fonds.

Face à ces incertitudes, les établissements tentent de border au maximum leurs partenariats et de prévenir le risque de pillage. Centrale a encadré sa marque par un contrat juridique et s'est prémunie de toute déconvenue financière en ne sollicitant auprès des Chinois qu'une aide concrète : bâtiments, matériels... D'autres se protègent en mixant cursus en France et dans le pays d'accueil. « Quand notre marque est impliquée, il faut absolument garder le contrôle des formations », juge Pascal Codron, directeur de l'Institut supérieur d'agriculture de Lille et président de la commission internationale de la Conférence des grandes écoles.

Une règle qu'applique systématiquement l'Ecole des pétroles et des moteurs, plus connue hors de nos frontières sous le nom d'IFP School. Pour chacune de ses opérations à l'étranger, l'établissement de Rueil-Malmaison prend en charge au moins 50% de l'enseignement et garde la haute main sur le recrutement, ce qui est loin d'être toujours le cas de ses homologues. « Et si les conditions ne nous semblent pas réunis, nous ne nous déplaçons pas », affirme son directeur, Jean-Luc Karnik. La conquête des pays émergents, oui, mais pas à n'importe quel prix !

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