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Mieux diriger : "J'apprends à mes hommes à garder leur sang froid"

 | par Philippe Deleau

Mieux diriger : J'apprends à mes hommes à garder leur sang froid
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L'expérience et les conseils de Xavier Guesdon, capitaine de sapeurs-pompiers.

Xavier Guesdon, 33 ans, est à la tête de quatre centres de secours. Une tâche colossale : il manage 228 sapeurs-pompiers rattachés à l'Armée et près de 21 000 interventions par an. En sept ans de métier, il a tout vu : incendies, blessures, chutes, détresse vitale, agressions, traquenards, et même, catastrophe aérienne... C'est sa compagnie qui a coordonné le plan rouge lors du crash du Concorde sur Gonesse en 2000. Quelle que soit l'intervention, le capitaine et son équipe sont toujours sur le qui-vive, prêts en moins de dix minutes. Pour éviter au maximum l'imprévu et canaliser les peurs, Xavier Guesdon doit coacher ses hommes physiquement et mentalement, avant, pendant et après chaque opération.

Avant l'intervention, je fais répéter les mêmes gestes.
L'entraînement physique et mental est le seul moyen de gérer la panique le jour J. Chaque matin, de 8 h 30 à 10 heures : tractions, pompes, course d'endurance... De 10 h 30 à 12 heures : répétition des manoeuvres de secourisme et d'incendie. J'incite mes hommes à apprendre par coeur les bons gestes, inlassablement. Plus ils les auront répétés, moins ils seront pris de court en situation.

Pendant l'intervention, je veille aux réactions de panique.
Je donne des ordres clairs, précis, à l'image de chacun des gestes appris et répétés : " échelle ", " lance ", " massage cardiaque ". Et surtout pas de dialogue qui amplifierait l'angoisse. Je bannis tout " à peu près ". Chacun sait exactement ce qu'il doit faire. Lors d'un sauvetage par exemple, le sous-officier dirige les opérations, le servant dresse l'échelle, le chef secourt les personnes. Si j'estime qu'il y a plus de 15 victimes, je fais dépêcher plusieurs véhicules. Chaque conducteur d'engin a une mission bien définie, comme chaque pompier. Tous ont intégré les automatismes antipaniques. Dans des situations extrêmes, les émotions peuvent bien sûr ressurgir... Par exemple, lors du crash du Concorde. Quand nous sommes arrivés sur les lieux, il n'y avait que des cadavres. Nous étions tous terriblement choqués. Je me suis dit que j'aurais pu être à leur place... J'ai dû être particulièrement vigilant sur les réactions de mes hommes. Ils savent qu'ils doivent éviter de faire un parallèle avec leur vie privée, leur foyer. S'il y a des enfants et que l'on se met à penser aux siens, c'est très dangereux, on perd son efficacité.

Je favorise le dialogue après l'intervention.
Paradoxalement, c'est après l'intervention qu'il me faut gérer le stress dans l'équipe. Sur les lieux, mes hommes savent en général surmonter leurs peurs ; le fait d'agir en équipe y est pour beaucoup : ils s'épaulent et ne se sentent jamais seuls face au danger. Mais gare au retour... Je dois immédiatement les aider à dédramatiser, à déculpabiliser. J'encourage les uns et les autres à faire un débriefing à chaud. Sur le moment, mes hommes lâchent leurs impressions, leurs angoisses. Certains sont assez fiers, ils n'osent pas avouer qu'ils ont eu peur. Je les incite à plaisanter pour libérer le trop plein d'émotions ; c'est aussi un bon moyen de dédramatiser. Avant, pendant ou après l'intervention, je dois donc tout faire pour souder mon équipe, c'est vital.

 

SON EXPÉRIENCE

 1. Agression lors d'une intervention
" En milieu urbain, nous sommes de plus en plus victimes d'agressions, de jets de pierres ou d'objets. Une intervention m'a beaucoup marqué. C'était le 14 juillet 2001. Quand nous sommes arrivés sur le lieu de l'incendie, c'était un traquenard. Une centaine de jeunes nous attendaient battes de base-ball à la main. "

Je fixe rapidement des priorités
" Ils avaient mis le feu à un local, une femme hurlait à son balcon. Nous n'étions que douze, avec nos poings comme seule arme de défense. En face de nous : une meute de jeunes enragés avec barricades et véhicule bélier. J'ai dû prendre très vite une décision : abandonner cette femme ou risquer la vie de mes hommes pour la secourir ? Je n'ai pas hésité. Lorsqu'il y a une vie en péril, nous devons intervenir, quel que soit le danger. Nous avons pu sauver cette victime, mais au prix de quatre blessés dans l'équipe. "

2. Un jeune perd son sang-froid
" Lors d'un incendie en banlieue, nous avons dû secourir une personne malade, enfermée dans son pavillon en flammes. Mais des grilles aux fenêtres nous empêchait d'y entrer. J'ai vite compris que nous ne pourrions pas sauver cette victime... Et, je me suis rendu compte qu'un jeune pompier craquait. "

Je l'écarte du groupe
" Il s'est mis à pleurer de rage, de culpabilité. Je l'ai immédiatement écarté du groupe. Dans une pareille situation, il faut éloigner toutes les sources de perturbation qui peuvent amplifier la panique et déséquilibrer l'équipe. Cette décision était impérative pour protéger l'identité et l'amour propre de ce jeune pompier. "


 

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