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Partage des revenus : la portion congrue pour les salariés

 | par Christophe Bys

Partage des revenus : la portion congrue pour les salariés
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Les premiers résultats de la commission de travail présidée par le DG de l’Insee sont publiés avant la publication officielle du rapport. Le tableau global montre une financiarisation de l’économie qui pèse sur l’investissement. La classe moyenne est prise en étau entre des hauts revenus qui ont explosé et la progression du Smic.

A la demande du président de la République, le directeur général de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, planche depuis quelques semaines sur le partage des profits et les inégalités de rémunérations. Cette mission a été annoncée en réponse aux manifestations du mois de février, Nicolas Sarkozy ayant évoqué un partage des profits. Souhaitant toutefois donner du temps au temps – une fois n’est pas coutume -, il avait opté pour une mission d’étude préalable. Notre confrère Les Echos publie dans leur édition d’aujourd’hui, les premiers résultats de ce travail.

Très forte modération salariale

Premier enseignement : la part des salaires bruts dans la valeur ajoutée est restée relativement constante depuis la seconde moitié des années 1980. Le salaire brut se décomposant en salaire net et cotisations sociales, le choix d’une protection sociale élevé se serait donc payée, d’après les auteurs du rapport, par une « très forte modération salariale ». Autrement dit, les marges de manœuvre dégagées, qui auraient pu alimenter des hausses de salaires, ont été utilisées pour financer le système de retraite ou de santé. Difficile d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Second enseignement du rapport : l’accélération du rythme de croissance des très hauts revenus a participé « au sentiment de déclassement relatif du salarié médian ». En matière d’appauvrissement, le ressenti compte autant que les niveaux réels. Plus encore, le salaire relatif est aussi important que le montant inscrit au bas de la fiche de paie. Autrement dit, alors que les salaires des cadres très supérieurs explosait et que la politique se concentrait sur le Smic (notamment lors du passage au 35 heures), une frange importante de le classe moyenne a eu l’impression de gagner moins. En effet, la perspective d’évolution vers le haut s’éloignait tandis qu’elle voyait les revenus des plus pauvres se rapprocher d’elle.

 La part des dividendes
Troisième enseignement : les revenus de la propriété ont crû nettement. Ainsi, l’épargne salariale représente aujourd’hui « 1,5 % de la valeur ajoutée de l'entreprise contre 0,5 % au début des années 90 ». Voilà qui corrobore l’intérêt des employeurs pour ces formes de rémunération avec des charges réduites et relativement flexibles – en cas de ralentissement conjoncturel, on peut réduire la participation, pas revenir sur une augmentation de salaire. Plus encore, la part des dividendes (versés aux actionnaires) dans la valeur ajoutée « a pratiquement  doublé depuis une dizaine d’années […] Ils sont passés de 7 % de l’excédent brut d’exploitation des sociétés non financières à 16 % en 2007. Une distribution de dividendes qui, à en croire le rapporteur, a été « associée à une baisse de l’autofinancement des investissements ». Voilà qui alimentera le débat sur les effets négatifs de la financiarisation de l’économie.

Dernier enseignement : loin des trois tiers souhaités par Nicolas Sarkozy (un tiers pour les détenteurs du capital, un tiers pour les salariés et un tiers pour l'investissement-épargne), un peu plus d’un tiers du profit est versé pour le revenu du capital (36 %), une grosse moitié pour l’épargne (57 %) et le restant pour l’intéressement et la participation (7 %) des salariés. Prudents, le rapport rappelle que la situation change d’une entreprise à l’autre. Dans sa lettre de mission, le président de la République indiquait vouloir refonder le modèle économique et social. Avec les chiffres de Jean-Philippe Cotis, on a désormais une idée de la tâche à accomplir.
 
 

Valeur ajoutée, profit… de quoi parle-t-on ?

La valeur ajoutée mesure la différence entre la valeur de la production vendue et les matières premières nécessaires pour la produire. Elle est ensuite répartie entre les différentes parties prenantes : salariés, Etat (impôts) et organismes sociaux (cotisations sociales) mais aussi actionnaires, et l’entreprise elle-même (investissement et toutes les dotations).

 Le profit – le terme n’existe pas en tant que tel en comptabilité - est ce qui reste à l’entreprise une fois qu’elle a payé les salaires. Les comptables nationaux parlent d’excédent brut d’exploitation. Il peut être distribué aux actionnaires, épargné pour investir ensuite ou distribué aux salariés sous forme de participation ou d’intéressement.

 

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