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Une main d’œuvre trop chère en France ?

Une main d’œuvre trop chère en France ?
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Cri d’orfraie du Medef sur le trop lourd coût du travail en France. Crainte de certains salariés de voir leurs entreprises délocalisées vers des cieux moins coûteux. Dans un contexte de marché mondialisé, le coût de notre main d’œuvre nous pénalisent-ils ? Sommes-nous réellement trop bien payés ?

C’était il y a presque un an et demi. British Airways avait du plomb dans l’aile. La compagnie avait vu le trafic de ses classes supérieures s’effondrer de 17,2 % en un an et essuyait une perte nette de 375 millions de livres (425 millions d’euros). Pour remonter la pente, la société britannique proposa à ses 40 000 salariés de se priver de salaire pour une période allant d’une semaine à un mois. Le cas est loin d’être isolé. Un mois plutôt, de l’autre côté de la Manche, en France, Hertz avait demandé à ses cadres de réduire leur salaire de 5 % à 7,5 % pendant 3 mois. Trop bien payés en temps de crise ? Peut-être. Mais, au-delà de l’effet conjoncturel, nous restons mieux payés que nos homologues des pays en voie de développement, comme le démontre le cas de General Motors à Strasbourg, cet été. L’argument mis en avant par la direction tenait en ces mots : le coût de la main-d’œuvre française est trop cher par rapport à celle du Mexique. Pour garder l’usine, bien qu’en bonne santé, dans le giron de la firme américaine les salariés avaient dû consentir à allonger leurs temps de travail sans compensation salariale, ce qui revient à réduire le coût horaire du travail.

Les salaires réduisent la marge de manœuvre de nos industries

Le coût du travail en France empêche-t-il nos industries de rester compétitives, de se développer et donc de créer des emplois, comme semble le laisser croire ces récents événements ? Le Medef a répondu par l’affirmatif lors des dernières Assises de l’Industrie. « Le taux de marge de l’industrie en France est nettement plus bas que dans les autres pays européens. A contre-courant de ces derniers, les marges se sont contractées depuis 2 000. C’est l’ombre portée notamment du passage aux 35 heures payées 39, alors que dans le même temps d’autres pays (l’Allemagne en premier lieu) avaient choisi la stratégie d’un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux investissements et à la compétitivité (modération salariale, allègement des charges sur les entreprises) », avait alors avancé l’organisation patronale. En 10 ans, d’après les calculs de l’institut de l’institut privée d’études économiques Coe-Rexecode, de 1998 à 2008, la part des exportations françaises dans la zone euro a reculé de 16,8 % à 13,2 %, largement au profit de l’Allemagne. Les produits « made in France » séduisent moins nos voisins européens. Trop chers par rapport aux produits « made in Germany » ?

L’Allemagne mène depuis dix ans une politique de modération salariale. D’après l’Office fédéral des statistiques (Destatis), notre voisin est le pays de l’Union européenne où les salaires ont le moins progressé en 10 ans. Les salaires bruts outre-rhin affichaient une hausse de 21,8 % entre 2000 et 2010, contre 35,5 % pour la moyenne européenne. Cette politique a permis aux entreprises allemandes de réduire à néant les écarts de prix avec la France, alors que, jusque-là les produits allemands se vendaient de 6 % à 7 % plus chers que les produits français.

Le problème réside dans les charges

Faut-il, dès lors, suivre l’exemple allemand : réduire nos salaires pour gagner en part de marché et donc certainement en création d’emplois ? « Le problème n’est pas le salaire, estime Michel Meunier, président du Centre des jeunes dirigeants. Nous avons les salariés les plus performants, les plus productifs et compétents dans le monde, et je ne fais pas de chauvinisme en disant cela. Le problème réside dans les charges. Nous avons un bon système social qui n’est, c’est le soucis, financé que par le travail. La Sécurité sociale coûte 21 % du PIB et est principalement financée par les charges sur le travail comme pour les retraites. Nous devons élargir l’assiette des prélèvement, notamment par de plus fortes taxes vertes et en instaurant une TVA fiscale. Nous devons aussi mieux redistribuer les richesses. Le problème n’est pas non plus de gagner de l’argent (nos entreprises créent chaque année plus de 3000 milliards d’euros de valeur ajoutée, ce qu’il faut, c’est arriver à le partager ».

Les taxes, plus que les salaires, seraient donc les grands coupables du coût de production supposé élevé en France. Cela ferait perdre à nos entreprises des parts de marché. Pas nécessairement. Comme l’a souligné Lionel Fontagné, professeur à la toute nouvelle Ecole d’économie de Paris dans un interview accordé aux Echos, « la réduction des coûts n’explique pas tout. Pour preuve, l’Italie, dont les coûts ont fortement augmenté, n’a pas perdu autant de parts de marché que la France. Il y a donc une spécificité française : les industriels n’ont pas suffisamment investi, en particulier dans leur outil de production en France. » Le faible investissement pénalise donc la compétitivité. Et l’emploi ?

La croissance française alimentée par la consommation

« Ce qui tue l’emploi, c’est la faible croissance, et non pas les salaires, estime Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Et à la différence de l’Allemagne tournée vers les exportations, le système économique français se base sur la consommation, sur le marché intérieur. Et si les salaires sont bas, les Français consomment moins. Cela provoque une anémie de notre croissance ». 

Le coût de la production n’est pas le seul facteur à prendre en compte, selon la CFDT. La France recèle d’autres charmes. « La compétitivité dépend aussi d’un savoir-faire, d’un bon niveau de R et D ou encore des infrastructures et du niveau de formation. » Un jugement auquel aurait acquiescé Philippe Peyrard, directeur général de la coopérative d’opticiens Atol. En 2003, l’entreprise décide de délocaliser une partie de sa production en Chine pour gagner en coût de production. Un an plus tard, il revient au bercail, en rapatriant sa production dans le Jura. Il jugeait la collection de montures sous-traitée dans le pays du soleil levant « sans saveur ». Il a préféré revenir en misant cette fois sur le haut gamme. Le cas reste rare toutefois. Un fait demeure : dans la course aux plus bas prix, aux plus bas salaires, nombreux seront les perdants. « Réduire les coûts pour exporter n’est pas un système viable, conclut Mathieu Plane. On ne peut tout miser sur la vente des produits à l’étranger. Les Allemands exportent beaucoup au sein de l’Union européenne. Leurs voisins achètent. Si tout le monde vend, qui va acheter ? ».

Lucile Chevalier

Une opposition aux 35 heures
Tes 35 heures contre ton emploi chez Hewlett-Packard en 2005. Voilà le deal résumé chez le géant de l’informatique. Si vous acceptez de revenir sur les 35 heures, nous pourrions faire un geste concernant le plan social, a annoncé la direction. Initialement 1 240 postes devaient être supprimés. Ce chiffre pouvait descendre à 990. Les salariés et syndicats ont accepté et se sont vu enlever 12 jours de RTT.
Chez Bosch, à Vénissieux, l’idée était de payer 35 heures pour 36 heures de travail. 98 % des 820 salariés ont accepté, en 2004, de passer de 35 à 36 heures de travail hebdomadaires sans compensation salariale. Ils ont aussi consenti à la réduction de la majoration du tarif nuit et à un gel des salaires pendant 3 ans. En échange, la direction s’est engagée à investir 12 millions d’euros sur le site pour éviter la fermeture de l’usine.
L’entreprise Le Doux a, elle, demandé à réformer les 35 heures en 2004. Le numéro 1 en Europe de la volaille, confronté à la crise du secteur avicole, est revenu sur les 35 heures. Jusque-là, les salariés du groupe bénéficiaient de 23 jours de RTT contre un maintien des 39 heures par semaine. Mais, les allègements de charges arrivant à terme, l’entreprise a décidé de supprimer ces 23 jours et d’appliquer la règle stricto sensu. 35 heures par semaine sans jours de RTT ni paiement des heures de pause.
LC

La suite de notre saga tout au long de cette semaine...


Mercredi 22 décembre - Faut-il travailler plus pour garder son emploi ?
Les sociétés Le Doux et Bosch en 2004, l’entreprise de chaudière Baxi en 2008. Autant d’exemples d’entreprises qui ont remis en cause les 35 heures. Les Français ne travailleraient-ils pas assez ? Les 35 heures, au lieu de créer des emplois, pousseraient-elles plutôt les entreprises vers d’autres cieux ?


Jeudi 23 décembre - A Bosch-Vénissieux, où en est-on dix ans après ?
Été 2004, à l’usine Bosch de Vénissieux : 98 % des salariés acceptent de renoncer aux 35 heures, de geler leurs salaires pendant 3 ans et de diminuer leurs tarifs nuits. En échange, la direction s’engage à investir 15 millions d’euros dans le site. 6 ans après, quel bilan dresser de cet accord ?


Vendredi 24 décembre - Quelle est la marge de main-d’œuvre du salarié face à un « chantage à l’emploi » ?
98 % votaient « oui » à Vénissieux en 2004. A Strasbourg, en 2010, 70 % des salariés votants ont accepté les sacrifices. Un plébiscite. Mais les salariés pouvaient-ils voter autrement face à ce que les syndicats ont appelé « chantage à l’emploi » ? Jacques Barthelemy, avocat-conseil en droit social rappelle les droits des salariés.

Et si vous avez manqué notre article de Lundi - Faut-il casser nos acquis sociaux pour garder nos emplois ?

General Motors à Strasbourg, Continental à Toulouse, Bosch à Vénissieux. Tous les salariés de ces groupes ont eu à faire au même dilemme. Soit ils acceptaient une baisse de leurs salaires, soit ils verraient leur usine délocalisée. Dans un marché mondialisé, faut-il nécessairement revenir sur certains progrès sociaux pour gagner des parts de marché et donc garder nos emplois ? Première partie, à la veille de la trêve des confiseurs, d’une enquête en 5 volumes pour vous faire passer définitivement l’envie de reprendre de la dinde.


 

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